SÉCURITÉ PRIVÉE : UN LEVIER STRATÉGIQUE POUR LES DÉCIDEURS ET LES INVESTISSEURS DANS LE SECTEUR DES MINERAIS CRITIQUES

En marge de sa participation en tant qu’exposant à l’International Security Expo 2026, qui s’est tenue à Londres, Jamie Williamson, directeur exécutif d’ICoCA, est intervenu lors de la conférence International Security & Resilience Conference. Devant un public composé d’experts et de prestataires de sécurité, de diplomates, de responsables publics et de consultants, il a consacré son intervention au rôle du secteur de la sécurité privée et aux possibilités qu’il offre dans la course aux matières premières critiques.

Son message central : alors que les gouvernements concluent des accords sur les matières premières critiques à un rythme sans précédent depuis plusieurs décennies, et que les investissements privés suivent de près, la sécurité privée ne peut plus être reléguée au rang de simple considération opérationnelle intervenant en aval. Elle constitue un levier stratégique, susceptible de déterminer si les stratégies et les investissements dans ce secteur portent leurs fruits ou, au contraire, compromettent leurs objectifs.

Voici les principaux points de son intervention.

 

La course est lancée

Depuis quelques années, la course aux matières premières critiques et aux terres rares occupe une place centrale dans les politiques de sécurité économique, les stratégies industrielles et la planification de la défense des États occidentaux, des pays du G7 et des pays d’Amérique latine. Les nombreuses stratégies nationales consacrées aux matières premières critiques se traduisent de plus en plus concrètement par des accords, des investissements et des projets sur le terrain.

À titre d’exemple, l’Union européenne et le Rwanda ont conclu en 2024 un partenariat sur les chaînes de valeur durables des matières premières. En 2025, les États-Unis et l’Ukraine ont créé un fonds d’investissement pour la reconstruction, tandis que les États-Unis et la République démocratique du Congo (RDC) ont signé un accord de partenariat stratégique. Lors de la réunion ministérielle sur les matières premières critiques organisée à Washington en 2026, les États-Unis ont conclu des protocoles d’accord et établi des cadres de coopération avec plus de 21 pays, de l’Argentine, du Pérou et de l’Équateur à la Guinée, au Maroc, aux Philippines, aux Émirats arabes unis, au Royaume-Uni et à l’Ouzbékistan. Les négociations avec 17 autres pays ont également été achevées. Le Kazakhstan et le Royaume-Uni approfondissent leur coopération dans les domaines de la transformation et de la logistique. Au seul mois de septembre, les États-Unis ont annoncé trois nouvelles initiatives consacrées aux matières premières critiques au Nigeria, en RDC et en Zambie, et lancé avec l’Argentine le corridor Andes-Atlantique, destiné à moderniser les infrastructures reliant le nord-ouest argentin, riche en ressources minérales, à la côte.

Parallèlement aux accords intergouvernementaux, les investisseurs privés se ruent eux aussi sur le secteur des matières premières critiques. Une entreprise d’exploration minière utilisant l’intelligence artificielle, soutenue par Bill Gates et Jeff Bezos, est ainsi désormais valorisée à près de 3 milliards de dollars américains et cherche à se positionner face à ses concurrents chinois. Glencore a signé un protocole d’accord avec le consortium Orion Critical Mineral Consortium concernant la vente potentielle d’une participation de 40 % dans deux de ses principales activités d’extraction de cuivre et de cobalt en RDC : Mutanda Mining et Kamoto Copper Company. De nouveaux fonds d’investissement se constituent également à un rythme soutenu.

 

Un éventail de risques

L’actualité de ces derniers mois rappelle brutalement les risques en jeu et l’importance des enjeux. Au Pérou, les corps de treize travailleurs enlevés sur un important site aurifère ont été retrouvés une semaine après leur enlèvement, dans un contexte de recrudescence de l’exploitation minière illégale et des violences criminelles. En RDC, des tirs de soldats sur un site d’exploitation minière artisanale ont provoqué un mouvement de panique sur un pont qui s’est effondré sous le poids des mineurs en fuite, faisant des dizaines de morts et de blessés. En Éthiopie, KEFI Gold and Copper a suspendu le développement de son projet de Tulu Kapi à la suite d’un grave incident de sécurité ayant coûté la vie à des membres du personnel de sécurité, à des habitants de la communauté locale et à un employé de l’entreprise. Enfin, une étude récente du Transition Minerals Tracker 2026 du Business & Human Rights Resource Centre révèle que les allégations d’atteintes aux droits humains concernant les principales exploitations minières suivies ont augmenté de 73 % en 2025, sur fond de concurrence accrue pour sécuriser l’accès aux minéraux nécessaires à la transition énergétique.

Ces événements ne doivent pas être considérés comme des incidents isolés. Les projets liés aux matières premières critiques sont exposés à un ensemble de risques interdépendants : rivalités géopolitiques, notamment présence croissante d’acteurs militaires étrangers, criminalité organisée et banditisme, menaces maritimes sur les routes empruntées par la majeure partie des échanges commerciaux, tensions avec les communautés locales, corruption et collusion, ainsi que conséquences juridiques, réputationnelles et financières lorsque les choses tournent mal.

 

Un marché en expansion pour la sécurité privée

Ces risques entraînent une demande accrue d’investissements et de services de sécurité. Le projet de corridor de Lobito en est une illustration. Cet axe de 1 300 kilomètres reliant la RDC, la Zambie et l’Angola bénéficie de près de 6 milliards de dollars américains de financements publics et privés. Les États-Unis et les pays du G7 le considèrent comme un itinéraire stratégique pour l’approvisionnement en matières premières critiques. Selon des estimations prudentes, les dépenses liées à la sécurité pourraient atteindre entre 100 et 250 millions de dollars américains sur l’ensemble de la phase de construction et de la période d’exploitation. Cela représente une opportunité importante pour les prestataires de sécurité privée et pourrait générer de nombreux emplois dans le secteur de la sécurité dans la région.

Selon certaines informations, la RDC prévoit de déployer jusqu’à 20 000 gardes miniers spécialisés sur l’ensemble de son territoire d’ici à 2028. Le programme débuterait par un investissement initial de 100 millions de dollars américains destiné à recruter jusqu’à 3 000 agents armés d’ici à décembre 2026. L’objectif est de mettre en place un dispositif dédié à la protection de la production minière et des chaînes d’approvisionnement contre l’exploitation illégale et l’insécurité.

Qu’il s’agisse de forces publiques ou privées, l’ampleur de ces dispositifs est considérable. Mais l’augmentation des investissements dans la sécurité du secteur des matières premières critiques soulève des questions essentielles : qui définit les normes encadrant les opérations de ces forces, et qui veille à ce qu’elles rendent des comptes ?

 

Des garde-fous indispensables

Les gouvernements et les organisations internationales semblent avoir pris conscience de la nécessité de mettre en place des garde-fous et de promouvoir des pratiques commerciales responsables. En juillet, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, l’Union européenne a souligné que les matières premières critiques devaient être des moteurs de prospérité, et non des sources de conflits, de violations des droits humains et d’autres atteintes aux droits. Elle a appelé à une meilleure application des cadres internationaux existants et à un soutien accru à la conduite responsable des entreprises.

Le même message a été repris dans les capitales occidentales. Le Royaume-Uni s’est engagé à promouvoir une conduite responsable des entreprises et à inciter les gouvernements et les acteurs économiques à réduire les risques de violence, de conflit et d’atteintes aux droits humains dans le secteur extractif. Les gouvernements du G7 se sont engagés à encourager des pratiques minières responsables et à renforcer les capacités des pays partenaires riches en ressources minérales. Le Canada va plus loin encore en présentant les pratiques commerciales responsables comme un avantage concurrentiel permettant à ses entreprises de se démarquer sur les marchés internationaux.

Le règlement européen sur les matières premières critiques fait de la conduite responsable des entreprises une condition à remplir. Les projets stratégiques doivent démontrer qu’ils préviendront et réduiront au minimum les effets sociaux négatifs grâce à des pratiques responsables, notamment le respect des droits humains, des droits des peuples autochtones et des droits des travailleurs, une participation réelle des communautés locales ainsi que des pratiques commerciales transparentes permettant de prévenir la corruption.

Ces engagements figurent dans les textes et les déclarations de haut niveau. Le véritable enjeu réside dans leur mise en œuvre. Or, sur un site minier ou le long d’un corridor de transport, celle-ci doit nécessairement englober le comportement des personnes chargées d’assurer la sécurité.

 

Il est temps de passer à l’action

Une sécurité privée responsable est un pilier essentiel de la conduite responsable des entreprises dans le secteur des matières premières critiques. Le choix est clair : subir des pertes importantes, des atteintes aux droits et des litiges, ou investir en amont dans le devoir de diligence et l’atténuation des risques. Lorsqu’elle est mise en œuvre correctement, la sécurité privée responsable permet de :

  • Réduire les risques financiers et les perturbations opérationnelles ;
  • Préserver l’acceptabilité sociale des activités et la confiance des communautés ;
  • Répondre aux exigences légales, réglementaires et fiduciaires en matière de devoir de diligence relatif aux droits humains (Human Rights Due Diligence, HRDD) et aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ;
  • Protéger la réputation de l’entreprise et de ses marques.

Les décideurs publics, les investisseurs et les détenteurs d’actifs doivent intensifier leurs efforts. Les clients peuvent tirer les normes vers le haut ou vers le bas selon qu’ils choisissent leurs services de sécurité uniquement en fonction du prix. Or, le secteur a trop souvent été marqué par une course au moins-disant.

Avec ses membres et partenaires issus des gouvernements, de la société civile, du secteur de la sécurité privée et de grandes entreprises multinationales, ICoCA propose une voie concrète pour transformer les engagements en pratiques vérifiables. Nous sommes prêts à contribuer à ce que la course aux matières premières critiques soit un moteur de progrès plutôt qu’une recette pour la catastrophe.